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Lamar Clark
(1934-2006)

Il possède un record qui ne sera peut-être jamais battu. Le poids lourd américain de Cedar City (Utah) a réalisé une série de 44 KO de suite entre 1958 et 1960. Lors de sa carrière, Clarke a combattu plusieurs adversaires dans la même soirée et a aussi été l'adversaire d'un certain Cassius Clay qui n'était pas encore Muhammad Ali.

Son nom n’est inscrit sur aucun palmarès mondial et cet homme ne figurera sûrement jamais au fameux Hall of Fame. Pourtant, Lamar Clark a établi un record qui tient depuis presque un demi-siècle. En deux ans, cet Américain a réussi une série de 44 KO pour devancer Bill Fox (43), un mi-lourd de Philadelphie dans les années 40. Clark n’est pas le plus connu des puncheurs, mais ceux qui ont marqué l’histoire par la foudre qu’ils avaient dans les poings ne l’ont jamais égalé.
Ce sont pourtant d’autres sports qui passionnent d’abord le jeune Lamar. A Cedar City, où il est né le 1er décembre 1934, il se tourne vers le baseball, le basket et le foot américain.

Autant de disciplines différentes où il démontre de belles aptitudes. Il se dirige vers l’élevage de poulets lorsque la boxe entre dans sa vie. Dès ses premiers combats amateurs, Clark affiche toute sa puissance dans la catégorie des poids lourds et figure parmi les dix meilleurs Américains de la catégorie malgré un physique que l’on pense désavantageux (1,78 m pour 84 kg).
Il remporte les Golden Gloves régionaux le 6 février 1957, en battant Truman Lukenback... aux points. Puis, le 9 avril, il est éliminé en quarts de finale du championnat National de l’Amateur Athletic Union par à Jim McCarter sur une décision partagée qui soulève la colère du Boston Garden.

Il décide alors de passer professionnel après avoir établi un palmarès amateur qui serait de 25 victoires pour 2 défaites. Certains documents font état de deux combats professionnels (un nul et une victoire) livrés par Clark en 1955. Avant de livrer sa première prestation pro, il doit enterrer son père victime d’un incendie en juillet 1957 et décide d’élire domicile à Salt Lake City en compagnie de sa mère gravement brûlée par les flammes.
Mais c’est dans sa ville de Cedar qu’il débute, le 4 janvier 1958. Face à Ted Hicks, il s’impose aux points en six rounds. C’est le seul combat de sa carrière qui ira à la limite.

Car Lamar Clark entame sa série historique une semaine plus tard, face à Willard Whitaker (KO 2e). Il signera 43 autres succès avant la limite en deux ans, sous la conduite de Marv Jensen, le manager des frères Fullmer et de Rex Layne.
Clark additionne les combats. Trente-deux lors de cette année 58. Il faut dire que le puncheur est capable d’enchaîner les matchs dans la même soirée. Il bat trois adversaires par KO le 10 novembre à Salt Lake City et même six vingt et un jours plus tard à Bingham. Ce soir-là, il ne passe que sept rounds sur le ring ! Il répond aussi aux provocations lancées par le catcheur Eric «The Great» Forslund. Le combat est conclu en huit reprises avec prises autorisées. Après quatre-vingt-onze secondes, le boxeur a ligoté le lutteur aux cordes du ring.
Clark n’est pas un combattant exceptionnel, mais plutôt un athlète toujours bien préparé qui sait utiliser sa force. D’autant que face à lui, l’opposition reste très modeste, la plupart de ses adversaires s’alignant avec un palmarès vierge de combat et d’autres sans réelle licence professionnelle. Ce qui n’est pas le cas de Tony Burton, un pugiliste un peu plus confirmé que les autres. Celui qui tiendra bien des années plus tard le rôle de «Duck» dans la série des Rocky résistera jusqu’au 4e round avant de subir le même sort que les autres.
Le 11 janvier 1960, Lamar Clark bat le modeste Kenneth Hayden (KO 1er) et établit le nouveau record de KO. Une série qui s’achève trois mois plus tard, lorsque celui que «The Cedar City Bomber» subit le sort qu’il réservait à ses opposants. Devant les caméras de télé installées à Ogden, le Dominicain Bartolo Soni oblige l’arbitre à mettre un terme au combat au cours du 9e round. Un autre défi attend Clark en juin. Il fait face à Pete Rademacher, champion olympique des lourds à Melbourne en 1956. Malgré son courage, Clark est arrêté au 10e round. Il atteint le sommet de sa carrière le 19 avril 1961 à Louisville lorsqu’il est opposé au jeune Cassius Clay (en photo). Agé de 19 ans, celui qui deviendra le grand Muhammad Ali ne fait aucun cadeau à celui à qui il a prédit une défaite en deux reprises. L’homme de Cedar City est arrêté dans le... 2e round, avec une fracture du nez.
Lamar Clark annonce son retrait des rings quelques mois plus tard. Son palmarès est de 45 victoires pour 3 défaites. Il n'a passé que 94 rounds sur les rings où il a conclu 91,5% de ses combats avant la limite. Il s’éteint le 5 novembre 2006 dans sa 71e année, emportant avec lui un record qui vivra encore longtemps.
Thierry Raynal

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