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Graziano - Zale
Championnat du monde des moyens

Le 27 septembre 1946, au coeur du célèbre Yankee Stadium de New York, Tony Zale, le tenant du titre mondial des poids moyens, et son challenger Rocky Graziano disputent le premier acte d'un triptyque qui va marquer l'histoire de la boxe moderne.
D'une rare violence, les trois affrontements qui ont opposé ces deux boxeurs débordant de générosité ont fait trembler de terreur ceux qui y ont assistés.

Septembre 1946, l’heure a sonné. Rocky Graziano va affronter Tony Zale pour la ceinture mondiale des moyens. Polonais d’origine, le tenant du titre est un redoutable combattant. Ses muscles saillants sous sa peau laiteuse et son allure d'implacable robot font partie de la légende de cette catégorie. Encaisseur hors norme, ce maître en l’art de détruire ses adversaires répond au doux surnom de "Pièce d’Acier". Deux mots qui résument sa dureté, mais également la référence à son premier labeur.
Le 27 septembre, le Yankee Stadium enregistre son record d’affluence pour un championnat non poids lourds. Le New York Tribune annonce à sa Une «Blow by blow» (coup pour coup). Un titre qui illustre les frissons qu’alimente cette collision

entre combattants animés d’une rage de vaincre sans égal. Le challenger, que ses supporters ont acclamé tel un "dieu vivant" lors de son entrée, déclenche les dures hostilités dès le coup de gong initial. Son dynamisme fanatique déborde le champion coincé dans un angle. Tête baissée, l’Italo-américain attaque tel un "pitbull" enragé. Les deux hommes frappent sans cesse. Rocky fonce, indifférent aux pensées de se faire toucher. Zale réplique. Aucun des deux ne veut céder.
Soudain, Graziano encaisse un crochet et se retrouve sur les fesses. Compté 5, il se relève, tout sourire. La seconde reprise est hallucinante ! L’acharnement des deux hommes glace les spectateurs. Deux crochets de Graziano touchent Zale. Celui-ci, éprouvé, est sauvé par la cloche. A la limite de la sportivité, le duel se teinte de coups irréguliers. Au 6e round, les deux hommes sont exténués par le déluge de violence qu’ils se sont imposés. Soudain, Zale sort des cordes et enchaîne un gauche avec une lourde droite à l’estomac. Plié en deux, Rocky glisse au sol. Pour la première fois, il n'est pas en mesure de se redresser. Quittant le ring protégé de la colère des supporters de son rival, Zale triomphe sur les terres new-yorkaises. Cette furieuse bataille sera élue "combat de l’année 1946".
De retour à East Side, Rocky ne pense qu’à la revanche. A ses fidèles fans, il promet, «de tuer Zale sur le ring !». Malheureusement, sa réussite traîne le scandale, comme un bagnard son boulet. Ses anciens "amis" de la pègre flairent le bon coup. Ils le menacent de déballer son passé à la presse et le somment pour sa rentrée de se coucher face au sans-grade Reuben Shank. Comment se résoudre à cela, alors que tous ces gosses qui s’amassent devant chez lui l'ont pris pour idole ? Comment trahir son peuple qui l’a toujours soutenu?

Impossible. Graziano invoque une blessure pour annuler ce rendez-vous. Mais l’enquête de la commission découvre les propositions malhonnêtes. Interrogé, Rocky se refuse de citer les noms des truands qui lui ont proposé 100 000 dollars pour perdre. La sanction tombe: Il est suspendu un an ! Mais contre toute attente, la commission de l'Illinois refuse de suivre cette sévère décision. Graziano retrouvera Zale à Chicago, dans l’antre de l'homme de fer.
Le 16 juillet 1947 au Chicago Stadium, 20 000 personnes assistent à l’un des plus effrayants combats de l'époque moderne ! Contrairement à ses habitudes, Graziano se montre prudent durant les premiers rounds. Zale, égal à lui-même, avance sans arrêt en quête de coups décisifs. A la fin du 3e round, une lourde droite cueille Graziano au menton. Celui-ci s’écroule sur le dos. L'arbitre ne peut que le compter 4 ! Furieux, il bondit sur ses pieds. Et dans la reprise suivante, c’est lui qui accule Zale. Une lutte "pied à pied" s’engage alors. Lors du 5e, le public debout, effrayé par l’intensité, n’hurle plus. De longs silences campent la dramatique situation. La tension est irrespirable. Graziano se déchaîne même si les bombes de Zale le percutent régulièrement.
Affolé, l’arbitre avertit les coins. «Si vous ne prenez pas vos responsabilités, je serai contraint de stopper le combat. A Chicago, il y a la peine de mort pour complicité de meurtre !» Graziano lui rétorque: «Si vous m'arrêtez, je vous assassine sur le champ !» Dans la 6e reprise, Rocky lance un puissant droit. Lentement, son rival s’effondre dans les cordes. Il est KO. En larmes, le New Yorkais tient la revanche de sa vie. Il crie au micro: «Maman, ton vaurien de fils

a enfin réalisé quelque chose de bien !»
De ce combat, Graziano écrira plus tard dans sa biographie: «Ce ne fut pas un match de boxe, mais une horrible rixe. Je ne peux toujours pas visionner les photos du combat sans avoir des cauchemars.» Le 10 juin 1948 au Rupert Stadium de Newark, la belle ne dure que trois rounds. Et encore Tony Zale et Rocky Graziano atteignent le paroxysme de la violence sur un ring. Au tapis au 1er round, Graziano coince Zale, au bord de la rupture dans la reprise suivante. Mais Rocky succombe au 3e sur un crochet en contre.
Zale ne disputera qu’un autre championnat. Il concédera sa ceinture à Marcel Cerdan le 21 septembre 1948 à Jersey City. Cinq ans plus tard, après une série de succès convaincants, Graziano retrouvera une chance mondiale. Hélas, il se heurtera à Sugar Ray Robinson au zénith de son art.
Sébastien Boniface

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